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La poterie ancestrale de Kampong Chhnang, 1 500 ans de savoir-faire

Dans ce village au bord du Tonlé Sap, la terre se façonne encore à la main, sans tour de potier
25 août 2026 par
inspiration dasie
La poterie ancestrale de Kampong Chhnang, 1 500 ans de savoir-faire

Photo : Silvanus Solomon / Pexels

Le « port de la poterie »

Son nom signifie littéralement « port des jarres », et il n'usurpe pas son titre. Kampong Chhnang, province située au bord du lac Tonlé Sap à quelques heures de Phnom Penh, est depuis des siècles le cœur battant de la poterie cambodgienne. Les archéologues ont daté des fours et des outils de façonnage retrouvés dans la région du VIe siècle : un artisanat transmis, sans interruption ou presque, depuis plus de 1 500 ans.

Le village d'Andong Russei, niché au pied d'une petite montagne, concentre l'essentiel de cette tradition. Presque chaque foyer y travaille l'argile, extraite juste à côté, sur le mont Krang Dei Meas, qui fournit une terre particulièrement fine et pure.

Une technique sans tour de potier

Ce qui frappe le plus quand on observe les potières — car ce sont, ici, presque exclusivement des femmes — c'est l'absence totale de tour électrique ou même manuel. La technique, dite « à la battoire et à l'enclume », consiste à poser une boule d'argile sur une souche de palmier, puis à marcher tout autour en la façonnant à coups réguliers de palette en bois, pendant qu'une main, à l'intérieur de la pièce, fait office d'enclume pour étirer et renforcer les parois. C'est la potière qui tourne autour de l'objet, et non l'inverse.

Ce geste demande une précision d'orfèvre : à ce stade, la paroi est encore fragile, et la moindre erreur peut percer ou fissurer la pièce. Une fois la forme obtenue, les jarres et pots sèchent au soleil avant d'être cuits en plein air, sur un lit de paille et de bois, selon des méthodes tout aussi anciennes que le geste lui-même.

Des jarres du quotidien aux pièces décoratives

Traditionnellement, cette poterie servait avant tout un usage domestique : jarres à riz, à eau, à saumure de poisson, marmites de cuisson. Aujourd'hui, si le plastique a remplacé une partie de ces usages utilitaires, les artisanes de Kampong Chhnang se sont aussi tournées vers des pièces plus décoratives — vases, lampes, objets sculptés — pour faire vivre ce savoir-faire auprès des visiteurs et des acheteurs de Phnom Penh.

Un artisanat encore fragile

Comme beaucoup de métiers manuels cambodgiens, la poterie de Kampong Chhnang doit composer avec l'exode des jeunes générations vers les usines et les villes. Mais le savoir-faire tient bon, porté par des familles entières et par un intérêt touristique grandissant pour ces villages d'artisans, que l'on peut visiter au fil d'une excursion depuis Phnom Penh ou en chemin vers Battambang. Voir une potière façonner une jarre entière en quelques minutes, sans le moindre outil mécanique, reste l'une des plus belles leçons d'artisanat que puisse offrir le Cambodge.

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