Photo : Văn Long Bùi / Pexels
Si vous avez déjà goûté notre poivre de Kampot, vous connaissez un peu la région d'où il vient. Mais à une trentaine de kilomètres de là, sur la côte sud du Cambodge, se cache une petite ville balnéaire que beaucoup de voyageurs pressés oublient : Kep. Un tort, tant elle résume à elle seule tout ce qu'on aime dans ce pays : une histoire mouvementée, une gastronomie iodée et une nature encore sauvage.
Une station balnéaire née sous l'ère coloniale
L'histoire de Kep commence en 1908, quand l'administration coloniale française décide d'aménager cette côte encore vierge pour en faire un lieu de villégiature réservé à l'élite et aux fonctionnaires. Les urbanistes de l'époque s'inspirent des stations chics de la Côte d'Azur et de Normandie pour dessiner "Kep-sur-Mer". Le succès est tel que la ville gagnera plus tard le surnom de "Saint-Tropez cambodgien".
L'âge d'or de Kep se situe entre 1953 et 1970 : la station devient LE lieu de villégiature du pays, couvert de villas modernistes aux lignes audacieuses. Puis vient le drame du régime khmer rouge et des années de conflit qui suivent, qui portent un coup fatal au tourisme cambodgien. Il faudra attendre la fin des années 1990 et le retour de la paix pour que Kep renaîsse peu à peu. Aujourd'hui encore, on peut croiser au détour d'un chemin les silhouettes fantômatiques de ces villas abandonnées, doucement reprises par la végétation tropicale — un spectacle assez unique en son genre.
Le marché aux crabes, une institution vivante
Impossible de parler de Kep sans évoquer son marché aux crabes, réputé depuis l'époque coloniale pour ses crabes bleus nageurs pêchés au large et cuisinés... avec du poivre de Kampot, évidemment. Contrairement à beaucoup de marchés "typiques" aseptisés pour les touristes, celui de Kep reste un lieu de commerce bien réel : les restaurants qui bordent la rive achètent directement leurs crabes aux pêcheurs qui ramènent leurs barques sur la plage, sous vos yeux.
On y déguste le fameux crabe au poivre vert de Kampot, sauté minute dans un wok fumant, servi avec du riz et quelques légumes croquants. Un plat d'une simplicité redoutable, où la fraîcheur du produit et la puissance aromatique du poivre font tout le travail.
Randonnée dans le parc national et escapade sur l'île aux Lapins
Amateurs de nature, direction le parc national de Kep, l'un des plus petits du pays mais loin d'être le moins intéressant. Une route circulaire d'environ 8 kilomètres, praticable à pied, serpente à travers la jungle et offre des points de vue dégagés sur la baie, les îles voisines et la ville en contrebas. Pour les plus aventureux, des sentiers plus escarpés grimpent jusqu'à des points de vue encore plus spectaculaires.
Depuis le port de Kep, un court trajet en bateau (une vingtaine de minutes) permet de rejoindre Koh Tonsay, surnommée l'île aux Lapins. Cette petite île à la forêt tropicale dense se parcourt à pied en 2 à 3 heures, entre criques discrètes et plages de sable presque désertes — l'endroit rêvé pour une parenthèse loin de tout avant de reprendre la route.
Comment organiser sa visite
- Kep se trouve à environ 25 km de Kampot, soit une trentaine de minutes de route seulement — une étape facile à combiner avec une visite des plantations de poivre.
- Comptez une demi-journée pour le marché aux crabes et le front de mer, une journée complète si vous ajoutez le parc national et l'île aux Lapins.
- La saison sèche, de novembre à avril, reste la période la plus agréable pour profiter des sentiers et de la mer.
Kep incarne ce mélange si particulier qui fait le charme du Cambodge : une histoire dense, une nature généreuse et une cuisine qui sublime des produits simples avec les épices locales. Une bonne raison de plus, s'il en fallait une, de continuer à explorer les régions qui donnent naissance aux produits que nous importons avec tant de soin.