Photo : K / Pexels
Il y a des fêtes qui se contentent d'un jour. Bon Om Touk, elle, prend trois jours entiers et transforme les rives du Tonlé Sap et du Mékong en un immense théâtre à ciel ouvert. Chaque année, à la pleine lune du mois de Kadeuk (généralement en novembre), des millions de Cambodgiens convergent vers Phnom Penh et les villes riveraines pour assister à ce qui reste, avec le Nouvel An khmer, l'un des rendez-vous les plus attendus du calendrier national. En 2026, la fête se tiendra du 23 au 25 novembre.
Une fête née d'une victoire navale
L'origine de Bon Om Touk remonterait au XIIe siècle, sous le règne du roi Jayavarman VII, celui-là même qui fit ériger le Bayon et une grande partie des temples d'Angkor Thom. La légende veut que les courses de pirogues commémorent la victoire navale des armées khmères sur les Chams, ce peuple venu du littoral qui avait occupé Angkor en 1177. Huit siècles plus tard, les longues pirogues peintes de couleurs vives continuent de s'affronter sur l'eau, comme un écho vivant de cette bataille fondatrice.
Trois jours de festivités sur l'eau
Le cœur de la fête, ce sont les courses de bateaux-dragons : des centaines d'équipages venus de tout le pays, parfois plus de soixante-dix rameurs par pirogue, s'affrontent sous les acclamations d'une foule immense massée sur les quais. Mais Bon Om Touk ne se résume pas à la compétition.
- Le jour 1 est marqué par les premières courses et l'installation de l'ambiance de fête sur tout le front de rivière.
- Le jour 2 voit se multiplier les compétitions, avec des équipes régionales très attendues.
- Le jour 3, celui de la pleine lune, rassemble les finales, les illuminations nocturnes et les principaux rituels religieux.
La lune, le riz aplati et les lanternes
Au-delà du sport, Bon Om Touk est une fête profondément spirituelle. À la tombée de la nuit, les Cambodgiens pratiquent le Sampeah Preah Khe, une salutation à la lune destinée à remercier les astres pour les récoltes de l'année. Suit l'Ork Ambok, un rituel gourmand où l'on partage du riz aplati (l'ambok) mélangé à de la banane, du sucre de palme et de la noix de coco fraîchement râpée — une manière de célébrer l'abondance retrouvée après la saison des pluies. La nuit venue, des bateaux illuminés glissent sur les rivières pendant que les familles déposent des lanternes flottantes à la surface de l'eau, un geste qui symbolise le départ des malheurs de l'année écoulée et l'accueil des bonnes fortunes à venir.
Une fête intimement liée au Tonlé Sap
Bon Om Touk célèbre aussi un phénomène naturel unique que nous évoquions déjà dans un précédent article sur le Tonlé Sap : la fin de la saison des pluies marque le moment où ce lac géant cesse de se gonfler et où son cours s'inverse à nouveau vers le Mékong. Pour des générations de pêcheurs et de riziculteurs, cette bascule annonce le début d'une nouvelle saison de pêche, essentielle à l'économie du pays. Célébrer les eaux, à Bon Om Touk, c'est donc aussi rendre hommage à ce lac nourricier qui rythme la vie cambodgienne depuis des siècles.
Vivre la fête depuis la France
Difficile de faire venir les pirogues du Mékong jusque dans nos boutiques d'Aix-en-Provence, d'Avignon ou de Cannes ! Mais on peut prolonger l'esprit de la fête autrement : en partageant un thé cambodgien infusé lentement, ou en cuisinant un plat relevé de kroeung et de poivre de Kampot, pendant que l'on imagine, à des milliers de kilomètres, les lanternes glisser sur le Tonlé Sap. Une belle façon de garder un pied au Cambodge, même loin de ses rives.